1975, La Corogne. Un point sur la carte, loin de tout ce que l’on s’attend à relier à la mode internationale. Zara ne surgit pas à Paris, ne s’impose pas à Londres, mais choisit une ville galicienne pour écrire une nouvelle page du prêt-à-porter. Ici, pas de modèle importé : conception, fabrication, distribution, tout s’enchaîne sans intermédiaire. La chaîne logistique du secteur en ressort bouleversée, et ce n’est pas un hasard.
La volonté d’Amancio Ortega : réduire au minimum le temps entre l’idée d’un vêtement et sa disponibilité en magasin. Cette stratégie, portée par Inditex, tranche nettement avec la trajectoire adoptée par la plupart des enseignes espagnoles et étrangères, encore attachées à des organisations rigides, lentes à s’ajuster.
Des origines singulières : comment Zara a révolutionné la mode depuis la Galice
La Corogne, Galice, 1975. Amancio Ortega et Rosalía Mera lèvent le rideau sur le premier Zara. Le nom initial, « Zorba », reste au placard. Pas de capitale du luxe, pas de projecteurs. Mais une volonté claire : rendre la mode accessible, rapide, fluide. Le choix de la production intégrée s’impose vite : chaque étape, de la création au rayon, se déroule sous contrôle galicien. Ortega ne copie pas, il trace une route inédite.
La particularité de Zara, c’est cet enracinement inattendu et une capacité industrielle rare dans le secteur. Confecciones Goa, l’atelier textile d’Ortega, devient le terrain d’expérimentation. L’idée maîtresse : être capable d’ajuster l’offre quasiment en direct, d’éviter les invendus, d’observer les envies du public depuis la boutique elle-même. Les collections évoluent sans cesse, les cycles raccourcissent, la boutique capte les tendances au fil de l’eau.
Cette organisation se structure avec la naissance d’Inditex en 1985. Le groupe, qui passera entre les mains de Pablo Isla puis de Marta Ortega, installe son siège à La Corogne. Une décision qui garantit un contrôle accru sur toute la chaîne, du design à la vente, tout en conservant souplesse et exigence.
Pour mieux comprendre la place de Zara dans l’écosystème Inditex, voici quelques repères clés :
- Zara appartient au groupe Inditex, aux côtés de Bershka, Massimo Dutti, Pull & Bear, Stradivarius, Oysho, Uterqüe, Zara Home.
- En 2024, Inditex annonce 38 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec près de 28 milliards générés par Zara à elle seule.
- La marque compte aujourd’hui environ 2 000 boutiques réparties dans presque 100 pays, de Porto à New York en passant par Paris.
Rien de magique dans l’ascension de Zara : un enracinement local solide, une maîtrise de la chaîne de production, et une capacité à repenser sans cesse la relation au client. La Galice n’est plus à la marge, elle s’est imposée comme l’un des nouveaux centres névralgiques de la mode.
Stratégie, innovation et influence : ce qui distingue Zara de Mango et des autres géants du prêt-à-porter
Pas de matraquage publicitaire chez Zara. La marque préfère miser sur des emplacements de choix, des vitrines renouvelées à vive allure, et une expérience client qui fait la différence. Tandis que Mango affirme une identité méditerranéenne, Zara s’impose comme chef d’orchestre mondial grâce à un modèle de fast fashion reconnu dès 1989 par le New York Times. La production suit de près l’air du temps : les stylistes guettent la rue, les podiums, Instagram. Les équipes en Galice synchronisent la création, la fabrication et la distribution, sans sous-traiter la moindre étape clé.
La stratégie d’intégration verticale permet de renouveler les collections en à peine quelques semaines. Mango, H&M ou Shein ne parviennent pas à égaler cette agilité. Le magasin change de visage à chaque saison, les références disparaissent rapidement. Cette rareté entretenue déclenche chez le client l’envie de revenir, de ne pas manquer la pièce du moment.
Zara ne s’arrête pas à la collection permanente. Elle lance des lignes capsules comme Zara SRPLS, multiplie les collaborations avec Steven Meisel, Kate Moss, Samuel Ross ou Stefano Pilati. Sur le terrain numérique, la marque accélère : click and collect, personnalisation, expérience hybride entre le digital et la boutique.
Mais l’envers du décor existe. Les accusations de plagiat persistent, les enquêtes sur les conditions de fabrication au Bangladesh, au Xinjiang ou au Brésil se multiplient, et les ONG surveillent l’impact sur l’environnement. Malgré ces zones d’ombre, la cadence imposée par Zara demeure, loin des formules toutes faites de la concurrence.
Sur les côtes de Galice, le vent souffle parfois fort. Zara a su en faire une force motrice, poussant la mode à revoir ses priorités et ses méthodes. Qui aurait parié qu’une boutique discrète, loin des grandes avenues, bouleverserait l’ordre établi ?


